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Il y a des disques qui ne sont pas simplement écoutés, ils se collectionnent comme des reliques. Et puis, il y a Power, Corruption & Lies – ou plus précisément, son single 12″ sorti en 1983, celui avec la pochette découpée en forme de tableau floral. Ce n’est pas qu’un morceau de cire, c’est une énigme enveloppée dans du carton gaufré, un objet de désir qui a fait exploser les enchères et alimenté les légendes les plus folles de la musique électronique.
Posons le diamant sur ce pressage original Factory Records (FACT 75), et laissons-le nous raconter son histoire. Une histoire de pouvoir, de corruption, et surtout, de destruction massive.
Nous sommes en 1983, dans les studios Strawberry à Stockport, où New Order, alors au sommet de sa créativité, enregistre ce qui deviendra l’un des hymnes incontournables de la cold wave électronique. Le line-up ? Bernard Sumner à la guitare et au chant, Peter Hook à la basse légendaire, Stephen Morris à la batterie, et Gillian Gilbert aux claviers. L’ingénieur du son, Michael Johnson, capture chaque note avec une précision chirurgicale, tandis que le producteur Martin Hannett, déjà une légende après ses travaux avec Joy Division, apporte cette touche de magie glacée qui définit le son Factory.
Mais c’est la pochette qui va marquer les esprits. Conçue par Peter Saville, elle s’inspire d’un tableau de Henri Fantin-Latour, un bouquet de fleurs aux couleurs vives. Le génie ? Une découpe centrale en forme de carré, révélant une partie du label du disque. Un détail qui transforme l’objet en une œuvre d’art à part entière. 180 grammes de vinyle noir, une texture mate et légèrement rugueuse, comme pour rappeler que ce disque n’est pas fait pour les étagères, mais pour les platines.
Et puis, il y a le drame.
Factory Records, dans un élan de folie ou de négligence – les versions divergent –, décide de détruire une grande partie des exemplaires du single 12″. Pourquoi ? Personne ne le sait vraiment. Certains parlent d’un différend avec le distributeur, d’autres d’une erreur de pressage. Toujours est-il que des centaines, peut-être des milliers de copies, finissent à la poubelle. Le single devient instantanément une rareté, un Graal pour les collectionneurs.
Aujourd’hui, les exemplaires survivants se négocient à des prix vertigineux. En 2022, une copie en parfait état s’est vendue plus de 18 000 dollars lors d’une enchère en ligne. Les contrefaçons pullulent, bien sûr, mais les vrais connaisseurs savent repérer les détails qui tuent : le label argenté avec le logo Factory en noir, la matrice gravée à la main, ou encore la texture spécifique de la pochette, presque impossible à reproduire.
Écoutez ce single en vinyle, et vous comprendrez pourquoi il fascine tant. La basse de Hook est ronde, profonde, presque organique, tandis que les nappes synthétiques de Gilbert enveloppent l’auditeur comme une brume électronique. Le mastering, réalisé par George Peckham, donne à ce pressage une dynamique rare, où chaque instrument semble vivre sa propre vie. Le grain du vinyle ajoute une chaleur que le numérique, malgré tous ses progrès, n’a jamais su capturer.
Alors, si un jour vous tombez sur un exemplaire de ce single mythique, ne le laissez pas filer. Ce n’est pas qu’un disque, c’est un morceau d’histoire, une relique d’une époque où la musique électronique osait tout, où les labels prenaient des risques fous, et où le vinyle était bien plus qu’un support : un acte de résistance.