Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124

Ah, les années 80 ! Une décennie dont l’écho résonne encore avec une clarté quasi holographique dans les sillons de nos mémoires collectives. Loin des clichés réducteurs des épaulettes et des coupes mulet, c’était une période de bascule, une ère où l’industrie musicale, dopée par l’avènement du clip vidéo et l’explosion des synthétiseurs, se redéfinissait à une vitesse fulgurante. Le monde, lui, naviguait entre la Guerre Froide qui gelait les cœurs et une soif de liberté et de nouveauté qui animait les esprits. C’est dans ce terreau paradoxal, à la fois anxiogène et propice à l’expérimentation, qu’émerge Men At Work.
L’Australie, souvent perçue comme un lointain mirage musical, était alors en pleine effervescence. Des groupes comme INXS, Midnight Oil ou The Go-Betweens commençaient à tracer leur sillon, démontrant une vitalité créative qui allait bousculer les codes anglo-saxons établis. Men At Work, avec son mélange savamment dosé de rock teinté de new wave, de reggae-pop et d’une patine résolument australienne, incarnait cette nouvelle vague. Avant Business As Usual, le groupe s’était forgé une réputation solide sur la scène live de Melbourne, affinant ses compositions et captivant un public de plus en plus nombreux avec son énergie contagieuse et l’écriture ciselée de Colin Hay. Ils étaient prêts, affûtés, à transformer l’essai des concerts en un manifeste sonore qui allait les propulser bien au-delà des rives de leur continent.
Entrer dans la régie où Business As Usual a pris vie, c’est un peu comme ouvrir une capsule temporelle. Nous sommes en 1981, et l’enregistrement se déroule dans une ambiance de travail acharné, mais aussi de confiance en un son naissant. Les ingénieurs du son Jim Barbour et Peter McIan, avec l’apport précieux de Paul Ray pour l’ingénierie additionnelle, étaient aux manettes pour capter l’essence du quintette. Si les détails précis des microphones ou des modèles de consoles sont souvent les secrets bien gardés des productions d’époque, on peut imaginer un arsenal standard mais efficace pour l’époque : des Neumann U87 pour les voix, des Shure SM57 sur les amplis de guitare, et peut-être une console SSL ou Neve, prisée pour sa chaleur et sa capacité à sculpter des mixages dynamiques.
L’alchimie entre les musiciens – Colin Hay au chant et à la guitare, Ron Strykert à la guitare, John Rees à la basse, Greg Ham à la flûte, au saxophone et aux claviers, et Jerry Speiser à la batterie – était palpable. Le groupe avait déjà un son rodé par des années de concerts, ce qui a sans doute permis un enregistrement relativement fluide, capturant l’énergie brute de leurs performances live tout en peaufinant les arrangements. C’est dans ce huis clos créatif que des éclairs de génie ont dû fuser, comme le riff de flûte de ‘Down Under’, devenu une signature indélébile. Anecdote d’initié n°1 : On murmure que les tensions, inhérentes à toute création sous pression, étaient parfois désamorcées par l’humour potache de Greg Ham, véritable force tranquille et multi-instrumentiste du groupe, dont l’apport mélodique a été fondamental pour définir l’identité sonore de Men At Work.
Business As Usual n’est pas qu’un simple recueil de chansons ; c’est un diptyque sonore, une cartographie des états d’âme de l’Australie post-70s. La Face A s’ouvre avec l’emblématique ‘Who Can It Be Now?’, un morceau d’une tension palpable, où le saxophone plaintif de Greg Ham répond à la paranoïa urbaine dépeinte par Colin Hay. La structure est implacable, le rythme syncopé et les basses de John Rees, d’une précision chirurgicale, posent une assise rythmique sur laquelle la guitare de Ron Strykert tisse des motifs nerveux. C’est un parfait exemple de la capacité du groupe à mêler rock, pop et des touches de reggae pour créer un univers sonore unique.
Puis vient ‘Down Under’, la pièce maîtresse, celle qui a ancré Men At Work dans la légende. Le morceau, un hymne espiègle et fier à l’Australie, est une fresque sonore riche en détails. Le texte, malicieux, évoque les pérégrinations d’un Australien à travers le monde, confronté aux stéréotypes et aux questions récurrentes sur son pays. Mais c’est son riff de flûte, joué par Greg Ham, qui est devenu le point de discorde, le cœur d’une controverse qui allait traverser les décennies. Ce riff, léger et entêtant, a été jugé par la justice australienne comme une reproduction substantielle d’une mélodie de la chanson enfantine ‘Kookaburra Sits in the Old Gum Tree’, composée en 1934 par Marion Sinclair. Anecdote d’initié n°2 : Le jugement, rendu en 2010, a été un coup dur pour le groupe, ordonnant le versement de 5% des royalties perçues depuis 2002 à la société Larrikin Music, détentrice des droits de ‘Kookaburra’. Cette affaire a relancé le débat sur l’originalité musicale, les influences inconscientes et les limites floues de l’inspiration. Au-delà de l’aspect légal, le riff en lui-même est une prouesse mélodique, contribuant à l’identité sonore d’un titre qui a traversé les frontières culturelles et géographiques.
La Face B n’est pas en reste, avec des titres comme ‘Underground’, explorant des thèmes plus sombres avec une intensité rock, ou ‘I Can See It In Your Eyes’, qui démontre une facette plus mélancolique et introspective du groupe. L’album dans son ensemble est un équilibre subtil entre des mélodies accrocheuses, des arrangements complexes et des paroles intelligentes, loin des facilités pop de l’époque. Chaque instrument a sa place, chaque son est pensé pour servir l’harmonie globale. Le mastering, d’une grande clarté pour l’époque, a su préserver la dynamique des enregistrements, permettant aux nuances de chaque instrument de respirer. C’est une œuvre d’une cohérence remarquable, où l’énergie du rock cohabite avec la finesse des arrangements pop.
Tenir entre ses mains un pressage original de Business As Usual, c’est toucher un fragment d’histoire, un objet culte qui a sa propre aura. Les pressages vinyles des années 80, en particulier les éditions originales australiennes (parfois reconnaissables à leur étiquette jaune sur Discogs, sous la référence PCC 90667-Y), sont devenus des pièces de collection. Le grammage standard de l’époque, souvent autour de 120-140 grammes, offrait déjà une certaine robustesse, mais ce sont surtout la qualité du mastering et du pressage qui déterminaient l’expérience d’écoute.
L’artwork de couverture, avec son illustration minimaliste et sa typographie distinctive, encapsule parfaitement l’esthétique new wave. Il s’agissait d’une époque où la pochette de l’album était une extension visuelle de la musique, un portail vers l’univers du groupe. Sur une platine vinyle bien réglée, un pressage original de Business As Usual révèle une richesse sonore qui peut parfois surprendre. La chaleur analogique des instruments, la profondeur des réverbérations et la présence des voix sont restituées avec une fidélité qui dépasse souvent les attentes. Étonnamment, comme l’ont noté certains audiophiles, anecdote d’initié n°3 : les pressages originaux sonnent parfois « plus ou moins comme les rééditions plus récentes », ce qui témoigne d’une qualité de gravure initiale déjà très élevée, défiant l’idée que seules les dernières éditions audiophiles peuvent offrir une expérience optimale. Cependant, des rééditions plus récentes, comme celles de Music On Vinyl ou de Mobile Fidelity Sound Lab (souvent en 180g et numérotées), offrent des dynamiques parfois plus ouvertes et un « soundstage » élargi, grâce à des technologies de remastering modernes, mais la magie de l’original reste intacte pour les puristes.
Business As Usual a pulvérisé tous les records pour un premier album, se hissant au sommet des charts australiens, puis américains et européens, où il est resté pendant des semaines, devenant un phénomène mondial. Mais au-delà des chiffres, son héritage est bien plus profond. Le disque de Men At Work n’est pas un simple jalon historique ; c’est une œuvre intemporelle, dont les mélodies, les paroles et l’énergie continuent de captiver de nouvelles générations d’auditeurs. Sa capacité à commenter la condition humaine, avec ses peurs et ses espoirs, sur des rythmes irrésistibles, lui confère une pertinence durable.
La controverse autour du riff de flûte de ‘Down Under’, loin d’éclipser l’album, a paradoxalement contribué à sa légende, le plaçant au cœur d’un débat fondamental sur la création artistique et le droit d’auteur. C’est une leçon des années 80, une époque où les frontières de l’inspiration et de l’originalité étaient testées, parfois avec fracas, sur la scène juridique. Mais l’essence de Business As Usual réside dans sa joie communicative, sa capacité à nous faire taper du pied tout en nous faisant réfléchir. C’est un album qui évoque la nostalgie d’une époque, mais qui porte aussi en lui une modernité indéniable, un dynamisme pop-rock qui, quarante ans plus tard, continue de faire tourner nos platines. Il nous rappelle que, même dans les affaires courantes, il y a toujours de la place pour la magie, pour un riff de flûte qui défie le temps et les jugements, pour une chanson qui, malgré tout, nous ramène sous le soleil de l’Australie.
➕ Ajouter à ma Wishlist Vinylist
Créez votre bibliothèque virtuelle de vinyles