« Cosmic Love » : Le fantôme disco qui hante les collectionneurs

Il y a des disques dont l’existence tient du mystère, des pièces si rares qu’elles en deviennent presque mythiques. « Cosmic Love », ce 45 tours sorti en 1980 dans le sillage de l’album King of the World de Sheila & B. Devotion, en est l’un des plus beaux exemples. Un titre fantôme, jamais réédité, dont les exemplaires originaux s’arrachent aujourd’hui à prix d’or parmi les chasseurs de pépites de la disco française. Mais pourquoi ce morceau, niché en face B du single King of the World, a-t-il disparu des radars ? Pourquoi les collectionneurs murmurent-ils son nom comme on évoque une relique sacrée ? Posons le diamant sur la platine et plongeons dans les coulisses de cette énigme.

Commençons par l’essentiel : l’enregistrement. Nous sommes en 1979, dans les mythiques Power Station Studios de New York, là où la disco règne en maître. Le line-up est royal : Sheila, bien sûr, accompagnée des trois danseurs-chanteurs américains B. Devotion – Dany Mac Farlane, Freddy Stracham et Arthur Wilkins. Derrière la console, une équipe de rêve : Bernard Edwards à la production et à la basse, Nile Rodgers à la guitare, et Tony Thompson à la batterie. Ce trio, déjà légendaire sous la bannière Chic, offre à King of the World une couleur sonore unique, entre funk sophistiqué et disco orchestrale. Mais c’est dans l’ombre de ces sessions que « Cosmic Love » voit le jour, presque par accident.

Le pressage original du 45 tours, sorti sous le label Carrere (référence 14.218), est une pépite technique. Le vinyle, d’un noir profond, pèse ses 180 grammes, une rareté pour l’époque. La pochette, sobre mais élégante, arbore une texture mate qui contraste avec les pochettes brillantes et clinquantes de l’ère disco. Quant au son, il est d’une chaleur organique : la reverb sur les voix de Sheila et des B. Devotion y est presque palpable, comme si chaque note flottait dans un cosmos musical infini. Écoutez le break instrumental à 2’30 : la basse de Bernard Edwards y est si profonde qu’elle semble creuser un sillon directement dans votre poitrine.

Alors, pourquoi « Cosmic Love » a-t-il été supprimé des catalogues ? Les rumeurs vont bon train parmi les collectionneurs. La plus tenace évoque un conflit de droits entre le label Carrere et la maison de disques américaine Atlantic, qui distribuait l’album aux États-Unis. Une autre théorie, plus romantique, suggère que Sheila elle-même aurait demandé le retrait du titre, le jugeant trop éloigné de l’identité pop-disco de l’album. Enfin, certains murmurent que le morceau aurait été victime d’une erreur de pressage, rendant les exemplaires existants encore plus précieux. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : aujourd’hui, un 45 tours original de « Cosmic Love » se négocie entre 200 et 500 euros sur les plateformes spécialisées, selon son état.

Pour les amateurs de vinyle, dénicher ce disque relève de l’acte de foi. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter une référence à sa collection, mais de s’approprier un morceau d’histoire. Car « Cosmic Love », c’est bien plus qu’un simple titre : c’est le témoignage d’une époque où la disco régnait en maître, où les studios new-yorkais vibraient au rythme des basses de Bernard Edwards, et où Sheila, icône française, osait s’aventurer sur des terres musicales inexplorées. Alors, si un jour vous tombez sur ce 45 tours, ne le laissez pas filer. Posez le diamant avec respect : vous tenez entre vos mains l’une des dernières énigmes de la disco française.

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