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Poser le diamant sur Electric Ladyland, c’est libérer bien plus qu’un album : c’est invoquer l’esprit d’une révolution musicale gravée dans le vinyle, un manifeste psychédélique où chaque sillon raconte une histoire secrète. Sorti en 1968, ce double LP est le troisième et dernier opus studio de The Jimi Hendrix Experience, mais aussi le seul entièrement produit par Hendrix lui-même, dans les entrailles du Record Plant à New York. Un lieu mythique, presque un personnage à part entière, où le génie électrique de Jimi a trouvé son écrin.
Commençons par le line-up, cette alchimie humaine qui a donné naissance à un son unique. Si Jimi Hendrix (guitare, chant) et Mitch Mitchell (batterie) sont les piliers incontestés, Noel Redding (basse) y joue un rôle plus complexe qu’il n’y paraît. Hendrix, insatisfait des lignes de basse initiales, a souvent repris lui-même l’instrument, créant une tension créative qui transpire dans chaque note. Et puis, il y a les invités surprises : Al Kooper au piano sur Long Hot Summer Night, ou encore Steve Winwood et Jack Casady (de Jefferson Airplane) sur Voodoo Chile, une jam session de 15 minutes qui défie les lois du rock.
Mais Electric Ladyland, c’est aussi une pochette qui a fait scandale. La version originale, signée Karl Ferris, met en scène Jimi entouré de 19 femmes nues, toutes photographiées dans des teintes psychédéliques. Une œuvre d’art à part entière, jugée trop provocante pour l’Amérique puritaine de l’époque. Résultat : aux États-Unis, la pochette est remplacée par un simple portrait flou de Hendrix, tandis que l’Europe conserve l’édition originale. Aujourd’hui, les collectionneurs s’arrachent les pressages UK, où les photos de Noel Redding et Mitch Mitchell apparaissent en petit format à l’intérieur de la gatefold. Deux versions, deux histoires, une seule obsession : posséder l’originale.
Parlons maintenant du pressage. L’édition originale, sortie sur le label Track Records (référence 613008/9 pour les initiés), est un objet de désir absolu. Pressé sur vinyle 180 grammes, il offre une dynamique et une chaleur que les rééditions, même les plus soignées, peinent à égaler. Le mastering, supervisé par Eddie Kramer – l’ingénieur du son fétiche de Hendrix –, est d’une précision chirurgicale. Écoutez Crosstown Traffic : la guitare y est si présente qu’on croirait sentir les doigts de Jimi frôler les cordes. Et que dire de la basse sur 1983… (A Merman I Should Turn to Be) ? En vinyle original, elle résonne comme un grondement venu des profondeurs, une expérience presque physique.
Les mystères entourant Electric Ladyland ne s’arrêtent pas là. Saviez-vous que Hendrix a enregistré plus de 500 prises pour All Along the Watchtower ? Ou que Bob Dylan, l’auteur de la chanson, a avoué préférer la version de Jimi à la sienne ? Et que dire des rumeurs persistantes selon lesquelles certaines pistes auraient été enregistrées dans des studios différents, voire mixées à la hâte pour respecter les délais ? Le disque, dans sa version originale, est un puzzle dont certaines pièces manquent encore.
Pour les amoureux du vinyle, Electric Ladyland est bien plus qu’un album : c’est une expérience sensorielle. La pochette gatefold, avec son papier épais et son vernis brillant, est un objet à manipuler avec révérence. Le poids du disque, son grain légèrement granuleux, le bruit du diamant qui effleure le sillon… Tout ici est conçu pour rappeler que la musique, avant d’être un fichier ou un flux, est d’abord une matière. Et quand cette matière est aussi riche que celle-ci, chaque écoute devient un rituel.
Alors, quelle version posséder ? Si vous cherchez l’âme du disque, tournez-vous vers le pressage original. Là où la guitare de Hendrix semble sortir des enceintes pour vous envelopper, où la batterie de Mitchell claque comme un coup de tonnerre, et où chaque détail – du souffle de Jimi entre deux notes aux imperfections du mastering – raconte une histoire. Les rééditions, même les plus luxueuses, ne sont que des échos de cette magie première. Electric Ladyland, c’est le son d’un homme en train d’inventer l’avenir, un sillon à la fois.