Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124

Il y a des disques qui ne se contentent pas d’exister : ils hantent. Et parmi eux, Metamatic, premier album solo de John Foxx, occupe une place à part. Sorti en janvier 1980, ce manifeste électro-pop, né dans l’ombre des studios Pathway à Islington, a marqué l’histoire par son minimalisme glacial et son génie mécanique. Mais derrière cette façade lisse se cache une énigme : celle d’un pressage limité, presque mythique, contenant une version inédite de No-One Driving, jamais commercialisée. Un disque que les collectionneurs traquent depuis quatre décennies, comme on cherche une relique.
Posons le diamant sur la platine, voulez-vous ? Imaginez un vinyle 180 grammes, d’un noir profond, dont la pochette mate, presque rugueuse, porte les stigmates d’un temps où le synthétiseur régnait en maître. Metamatic n’a pas été enregistré dans un temple du son, mais dans un studio modeste, Pathway Studios, équipé d’à peine huit pistes. C’est là, entre ces murs étroits, que John Foxx, seul aux commandes, a façonné un album où chaque note semble calculée au millimètre. L’ingénieur du son, Gareth Jones – qui deviendra plus tard une figure clé de la production électronique –, a capté cette alchimie froide, presque clinique, où les boîtes à rythmes Roland CR-78 et les synthés ARP Odyssey dialoguent comme des machines en transe.
Mais revenons à notre énigme. En 1980, une poignée d’exemplaires de Metamatic auraient été pressés avec une version alternative de No-One Driving, plus longue, plus sombre, presque hypnotique. Personne ne sait exactement combien ont survécu. Certains parlent d’une dizaine, d’autres d’une centaine, dispersés dans des ventes privées ou oubliés dans des cartons de disquaires. Ce qui est sûr, c’est que leur valeur a atteint des sommets. En 2022, un collectionneur allemand a déboursé 1 200 euros pour un exemplaire en parfait état, pochette incluse – une somme qui en dit long sur le culte qui entoure ce pressage.
Pourquoi une telle fascination ? Peut-être parce que cette version inédite incarne l’esprit même de Metamatic : un disque où la technologie rencontre l’humain, où la perfection mécanique se teinte d’une mélancolie presque palpable. Les théories sur sa disparition abondent. Certains évoquent une erreur de pressage, d’autres un choix artistique de dernière minute. Une rumeur persistante prétend que Foxx lui-même aurait détruit les matrices, jugeant cette version trop éloignée de sa vision initiale. Quoi qu’il en soit, le mystère reste entier, et c’est précisément ce qui enflamme les imaginations.
Les collectionneurs, eux, ne lâchent rien. Des forums spécialisés aux salles des ventes en ligne, ils échangent des indices, comparent les numéros de matrice, analysent la texture des pochettes. L’un d’eux, un certain Marc R., basé à Bruxelles, raconte avoir passé vingt ans à traquer ce disque. « J’ai écumé les disquaires de Londres à Berlin, interrogé des dizaines de vendeurs. Un jour, un type m’a contacté via un forum : il avait un exemplaire, mais il voulait rester anonyme. Quand j’ai enfin tenu le disque entre mes mains, j’ai senti le grain du vinyle, cette chaleur si particulière, comme si le temps s’était arrêté. »
Et puis, il y a le son. Celui qui vous enveloppe dès que le diamant effleure le sillon. Sur cette version inédite de No-One Driving, la reverb est plus présente, la basse plus profonde, comme si Foxx avait voulu plonger l’auditeur dans un rêve éveillé. Écoutez bien : on distingue presque le souffle du synthé, cette imperfection qui rend le tout si vivant. C’est ça, la magie du vinyle : il ne se contente pas de restituer la musique, il la ressuscite.
Alors, si un jour vous tombez sur un exemplaire de Metamatic avec une pochette légèrement différente, une étiquette un peu plus pâle, ou un numéro de matrice inhabituel, ne le laissez pas filer. Vous tenez peut-être entre vos mains bien plus qu’un disque : un morceau d’histoire, une énigme musicale, et la preuve que, parfois, les plus grandes légendes naissent d’un hasard – ou d’une erreur.