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Quand un Yamaha CS-80 fait pleuvoir sur Los Angeles : le Bla

Marc Delacroix
la rédaction

Il pleut toujours dans Blade Runner. Et c’est Vangelis qui fait tomber la pluie. La première fois que j’ai posé ce disque sur ma platine, un soir d’hiver lyonnais, lumières éteintes, j’ai eu cette sensation rare : la musique électronique de Vangelis pour Blade Runner ne décore pas le film, elle le construit. Le synthétiseur futuriste devient brouillard, néon, mélancolie. J’ai écouté la galette entière sans bouger, verre de whisky tiédissant à côté.

Cette bande sonore électronique des années 80 a mis des années à exister officiellement en vinyle — et ça change tout pour qui aime le grain, la matière, le silence entre les notes.

Premier contact : la pochette et le pressage

L’objet a de la gueule. La pochette joue sur les bleus profonds et les reflets urbains, dans cet esprit cyberpunk qui colle parfaitement à la musique. Sur les pressages récents (Warner / Atlantic), le mastering respire. J’ai eu entre les mains la réédition double 33 tours : surfaces propres, peu de bruit de fond, centrage correct.

Le livret reste sobre — quelques notes, des visuels du film. Rien de pharaonique, mais c’est suffisant. La gravure laisse de la place aux basses, et croyez-moi, sur cet album, les basses comptent. Le tampon des nappes de synthé peut vite saturer un pressage médiocre. Ici, ça tient.

La galette tourne

Dès « Main Titles », on est happé. Cette montée orchestrale synthétique, ces percussions caverneuses : Vangelis pose le décor en quarante secondes. Le grave descend bas, très bas. Sur une bonne platine, on sent l’air bouger.

« Blade Runner Blues » est le sommet de l’album pour moi. Le saxophone synthétique pleure sur un tapis de nappes lentes. Trois notes, et tout un univers de solitude se déploie. J’ai dû relever le bras pour le réécouter aussitôt — un réflexe que je n’ai pas souvent.

« Love Theme » prolonge cette mélancolie, le saxo de Dick Morrissey traînant comme une fumée de cigarette dans un bar vide. « Tales of the Future » introduit la voix de Demis Roussos, chant oriental flottant sur des textures étranges. Inattendu, et magnifique.

« Tears in Rain » accompagne le monologue de Roy Batty. Quelques notes suspendues, et c’est le cœur qui se serre. La musique de film de science-fiction rarement atteint cette pudeur. Vangelis ne souligne pas, il effleure.

Le son vinyle vs numérique

Soyons honnêtes : cet album a été conçu sur synthétiseurs, en numérique pour partie. On pourrait penser que le vinyle n’apporte rien. Erreur.

Le pressage adoucit les arêtes des aigus, donne du corps aux nappes du Yamaha CS-80, l’instrument fétiche de Vangelis. En numérique, certaines textures peuvent paraître un peu clinique, presque froides. Le vinyle réchauffe ce monde de pluie et de néon. Les basses gagnent en moelleux. C’est subjectif, assumé : j’y prends plus de plaisir.

Attention quand même — il faut un système qui descend correctement dans le grave, sinon vous perdez la moitié de l’intérêt. Une cartouche un peu molle dans le bas du spectre gâcherait « Main Titles ».

Pour qui ?

Pour les amoureux du film, évidemment. Mais aussi pour qui veut comprendre comment le synthétiseur futuriste a redéfini la musique d’ambiance. Si vous pensez que l’électronique est froide, ce disque vous fera mentir.

C’est aussi une porte d’entrée idéale vers Vangelis pour les curieux. Pas besoin d’être audiophile pour être saisi. Et pour les collectionneurs de bandes sonores en vinyle, c’est une pièce qui mérite sa place entre deux Morricone.

L’essentiel

  • Note globale : ⭐⭐⭐⭐½ / 5
  • Meilleur titre : « Blade Runner Blues »
  • À écouter avec : les lumières éteintes, un soir de pluie, volume généreux pour sentir le grave

Si ce monde de néon et de mélancolie vous appelle, posez-le sur votre platine — c’est une de ces écoutes qui restent.

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