En 1977, un single de plus de huit minutes débarque sur les ondes françaises, truffé de citations des Beach Boys, des Beatles et de Phil Spector. « Rockollection » paraît chez Pathé-Marconi/EMI et installe d’emblée une signature. Quand on le réécoute aujourd’hui, on mesure le tour de force : faire entrer toute une mémoire collective du rock anglo-saxon dans le poste de radio d’un enfant de Nogent-sur-Marne. La discographie vinyle de Laurent Voulzy commence là, par cette confession musicale déguisée en tube.
1977 : la France entre disco et chanson à textes
1977, c’est l’année où le disco s’installe dans les boîtes et où le punk explose à Londres. Saturday Night Fever sort en décembre et conquiert le monde. En France, la variété domine, mais une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs cherche autre chose. Voulzy a 28 ans. Il traîne depuis une décennie dans l’ombre, multipliant les groupes et les projets restés sans lendemain.
Sa rencontre avec Alain Souchon, quelques années plus tôt, change tout. Les deux hommes se trouvent une complémentarité rare : Souchon pose les mots, Voulzy déroule les harmonies. Avant « Rockollection », personne ne misait vraiment sur lui comme interprète. Ce single renverse la donne.
La fabrique de « Rockollection »
L’idée du morceau tient en une phrase : raconter l’adolescence d’un garçon à travers les chansons qui l’ont marqué. Voulzy y glisse des refrains entiers de standards anglo-saxons, tissés dans une trame originale dont Souchon écrit les paroles françaises.
Quelques détails méritent qu’on s’y attarde :
- Le morceau dépasse les huit minutes dans sa version intégrale, pari commercial risqué pour un single de l’époque.
- Voulzy, passionné des arrangements de Brian Wilson et de Phil Spector, recherche ce « mur du son » feutré qui deviendra sa signature.
- On le compare volontiers à Paul McCartney, et l’écoute le justifie : ce goût des contrechants vocaux empilés, ces basses mélodiques qui chantent au lieu de marquer le tempo, on les retrouve jusque dans « Belle-Île-en-Mer ». La parenté n’a rien d’usurpé.
Le succès est immédiat et massif. Voulzy n’est plus un faire-valoir : il devient une voix à part entière de la chanson française.
Pourquoi ces singles tiennent encore
« Rockollection » reste le titre phare, mais les singles qui suivent recèlent d’autres trésors. « Le Cœur grenadine » (1977) prolonge dans la foulée le sillon de la nostalgie chantée. À l’orée des années 80, « Bubble Star » (1979) séduit par ses chœurs aériens et sa production léchée, puis « Désir, désir » (1984, en duo avec Véronique Jannot) confirme ce goût des Voulzy années 80 pour les mélodies enveloppantes.
Ce qui fait tenir ces morceaux, c’est l’orfèvrerie des arrangements. Là où beaucoup de productions de l’époque ont vieilli, Voulzy travaille les guitares en couches, superpose les voix, soigne chaque détail. On entend l’amour du studio, pas la mode du moment. C’est précisément ce qui les sauve.
Les albums vinyle, repère par repère
Pour le collectionneur, mieux vaut connaître les jalons. Voici les albums studio à chasser en priorité — à ne pas confondre avec les singles cités plus haut, qui ont parfois précédé leur album d’un ou deux ans.
| Album studio | Année | Label / référence | État en occasion |
|---|---|---|---|
| Bopper en larmes | 1979 | Pathé-Marconi / EMI | Premier album studio ; original assez courant en VG+/VG++ |
| Le Cœur grenadine | 1979 | Pathé-Marconi / EMI | Pochette fragile à surveiller, disques souvent propres |
| Bubble Star | 1982 | EMI | Recherché pour ses arrangements ; bon état abordable |
| Belle-Île-en-Mer | 1985 | EMI | Comprend le tube éponyme ; pressage courant |
| Caché derrière | 1992 | BMG | Édition vinyle moins fréquente, l’ère CD ayant pris le dessus |
| La Septième Vague | 2006 | RCA / Sony | Album de reprises ; vinyles plus rares, ère CD oblige |
Les albums vinyle Voulzy de la fin des années 70 et du début des années 80 restent le cœur de cible. Plus on avance dans les années 90, plus le format CD domine, et les pressages 33T se raréfient. Un détail à garder en tête : les pochettes EMI de l’époque, souvent en carton fin, marquent vite aux coins.
Une empreinte de presque cinquante ans
L’influence de Voulzy se mesure moins en samples qu’en filiation. Toute une génération de la pop française léchée — de Vincent Delerm à Benjamin Biolay — doit quelque chose à cette manière de marier raffinement mélodique et nostalgie assumée. Le tandem Souchon-Voulzy a posé un modèle : celui de l’auteur et du mélodiste qui se répondent sans jamais se voler la vedette.
« Rockollection » continue d’être repris en concert, fredonné, cité. Son procédé — convoquer des bribes de chansons aimées — a essaimé bien au-delà. C’est devenu une référence, presque un genre en soi dans la chanson hexagonale.
Le retrouver en vinyle aujourd’hui
Côté collection, le rock français vinyle de cette époque n’atteint pas les sommets des pressages jazz, ce qui en fait un terrain de chasse accessible. Les originaux des 33 tours de la fin des années 70 circulent encore en bon état, souvent à des prix raisonnables pour qui fouille avec patience.
- Pressages originaux : les éditions Pathé-Marconi/EMI d’époque, en VG+ à NM, restent abordables sur le marché de l’occasion. Vérifiez l’état des pochettes, souvent fragiles.
- Rééditions récentes : plusieurs titres ont été réédités en neuf, parfois en édition soignée, pour qui préfère une copie immaculée.
Notre hommage en une phrase
Voulzy n’a jamais cherché à inventer le rock : il a passé sa vie à le réécouter pour nous, oreille collée au poste, et à nous rendre cette mémoire en mélodies impeccables.
Où l’acheter ? Pour les pressages originaux et les éditions plus rares en occasion, fouillez du côté de la sélection Laurent Voulzy sur CDandLP. Et si vous préférez une copie neuve ou une réédition immaculée, jetez un œil aux vinyles Laurent Voulzy disponibles à la Fnac.



