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Deux batteurs contrariés, une seule pulsation : le miracle N

Sophie Armand
la rédaction

Il y a un rythme qui traverse toute la musique moderne comme une autoroute droite, sans virage, sans fin. On l’appelle le motorik, ou la Apache beat, ou tout simplement « le beat de Neu! ». Écoutez « Hallogallo » une fois et vous l’entendez partout : chez Bowie, chez Stereolab, dans les nappes de Gary Numan. Voilà ce que Neu!, le krautrock allemand dans sa forme la plus pure, a laissé au monde. Un battement de cœur mécanique et pourtant profondément humain.

Klaus Dinger frappait sa batterie comme s’il voulait avancer. Michael Rother tissait des guitares comme s’il voulait planer. De cette friction est née l’une des œuvres les plus influentes — et les plus discrètement révolutionnaires — des années 70.

Biographie en bref

Tout commence par une rupture. En 1971, à Düsseldorf, Klaus Dinger et Michael Rother quittent Kraftwerk, où ils accompagnaient Ralf Hütter et Florian Schneider avant l’ère des robots. Les deux hommes veulent autre chose : un son dépouillé, hypnotique, débarrassé de tout ce qui ressemble au rock anglo-saxon.

Ils s’enferment dans le studio du producteur Conny Plank, magicien de la console et véritable troisième membre du duo. En quatre nuits, ils enregistrent leur premier album. Faute de moyens pour une pochette élaborée, ils inscrivent simplement le mot « NEU! » en lettres rouges, détournant l’esthétique publicitaire. Un geste pop avant l’heure.

Le groupe est instable par nature. Rother part rejoindre Harmonia ; Dinger recrute son frère Thomas pour former la version plus punk de Neu!. Entre 1971 et 1975, ils ne sortent que trois albums. Puis le silence, jusqu’à des retrouvailles avortées et une reconnaissance tardive. Klaus Dinger s’éteint en 2008, quelques jours avant que les rééditions officielles ne redonnent au groupe sa juste place.

Ce qu’ils ont changé

Le krautrock répétitif minimaliste, c’est eux qui l’ont porté à son incandescence. Le principe est simple, presque brutal : un tempo fixe, une pulsation qui ne dévie jamais, et par-dessus, des guitares traitées qui montent et descendent comme des vagues. Rien ne se résout, tout avance.

Ce refus de la progression harmonique classique a fasciné des générations. David Bowie a explicitement voulu travailler avec eux pendant sa période berlinoise. Les Sex Pistols les citaient. Joy Division, Ultravox, Simple Minds, Stereolab — toute une lignée post-punk et électronique descend directement de cette pulsation. Sans Neu!, la new wave ne sonnerait pas pareil.

Et pourtant, à leur époque, presque personne n’écoutait. La reconnaissance est venue par ricochet, à travers ceux qu’ils avaient nourris.

Sa discographie essentielle en vinyle

Neu! (1972)

Le premier choc. « Hallogallo », dix minutes de motorik pur, ouvre l’album comme une porte sur l’autoroute. La face B expérimente le silence, les bandes ralenties, l’abstraction. Un manifeste. Comptez entre 25 et 35 € pour une réédition vinyle neuve.

Neu! 2 (1973)

L’album de la crise géniale : à court d’argent en pleine session, le duo remixe un single en le passant à différentes vitesses pour remplir la face B. Un accident devenu concept, précurseur du remix et du sampling. Autour de 25-30 € en pressage récent.

Neu! ’75 (1975)

Le sommet. Une face contemplative signée Rother (« Isi », « Seeland ») et une face rageuse, presque proto-punk, portée par la voix hurlée de Dinger sur « Hero ». Bowie l’avait sur sa platine. Prix indicatif : 28 à 38 €.

Ces trois disques se trouvent facilement en neuf :

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Les trésors que traquent les collectionneurs

Les pressages originaux allemands du label Brain, avec leurs pochettes rouge vif d’époque, atteignent des sommets. Un premier album original en bon état peut dépasser les 150 €, davantage encore pour un exemplaire scellé.

Méfiance : les rééditions se sont multipliées, dont certaines de qualité inégale. La série Grönland de 2010, supervisée avec le catalogue restauré, reste la plus fiable pour l’oreille. Guettez aussi le controversé Neu! 4 (posthume, issu de bandes de 1985-86), objet de discorde entre Rother et la succession Dinger — un disque de collectionneur avant tout.

Pour dénicher un original Brain, le marché de l’occasion reste le meilleur terrain de chasse :

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Par où entrer dans la boucle ?

Si vous découvrez le groupe, commencez par le premier album, Neu!. « Hallogallo » vous dira en dix minutes tout ce que le krautrock a apporté à la musique. C’est la porte d’entrée idéale, immédiate et vertigineuse.

Ensuite, offrez-vous Neu! ’75. C’est le disque de la maturité, celui où les deux tempéraments — le rêveur et le furieux — se répondent d’une face à l’autre. On y entend déjà tout ce qui allait suivre chez les autres.

Le motorik ne vieillit pas. Il attend simplement qu’on remette l’aiguille au début.

Envie de faire tourner cette pulsation chez vous ?
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