In Rainbows : quand Radiohead a réinventé les règles du jeu en 2007
Je me souviens encore de l’email reçu un matin d’octobre 2007. Pas un communiqué de presse, pas une annonce de label : juste un lien, et la question « combien voulez-vous payer ? ». Ce jour-là, Radiohead n’a pas sorti un album. Ils ont posé une bombe au milieu de l’industrie musicale. Et le disque qui allait avec — In Rainbows — s’est révélé être l’un des plus beaux objets vinyle de la décennie.
2007, nulle part et partout : comment Radiohead a autopublié In Rainbows
Le contexte est important. En 2007, Radiohead sort du contrat qui les liait à EMI depuis Pablo Honey en 1993. Libres pour la première fois, Thom Yorke, Jonny Greenwood et les leurs décident de ne pas chercher de nouveau label. Ils fondent leur propre structure, W.A.S.T.E. (déjà utilisée comme plateforme de merchandising), et distribuent In Rainbows directement aux fans via leur site, en téléchargement à prix libre.
La sortie physique, elle, arrive en décembre 2007 sous forme d’une « discbox » — un coffret luxueux avec double vinyle, CD, livret et photos. C’est la première fois qu’un groupe de cette envergure court-circuite à ce point la chaîne traditionnelle. Le modèle fera date, même si peu oseront le reproduire à cette échelle.
Pour le pressage standard en vinyle simple, il faudra attendre 2008, via XL Recordings au Royaume-Uni et TBD Records aux États-Unis. Deux pressages, deux marchés, deux objets distincts — et déjà, pour les collectionneurs, deux chemins différents.
Le son In Rainbows : Nigel Godrich et la chaleur retrouvée
Nigel Godrich produit Radiohead depuis The Bends. Mais sur In Rainbows, quelque chose change. Après les architectures froides de Kid A et Amnesiac, après l’électronique fragmentée de Hail to the Thief, le groupe revient à quelque chose de plus organique — sans pour autant renier ses années d’expérimentation.
L’enregistrement se déroule principalement au Tottenham House, dans le Wiltshire, et aux Henson Recording Studios à Los Angeles. Godrich travaille ici avec une dynamique particulière : les instruments acoustiques coexistent avec les textures électroniques sans que l’un écrase l’autre. La basse de Colin Greenwood est ronde, présente, charnelle. La guitare de Jonny sonne parfois comme un archet sur métal — parce que c’est exactement ce que c’est.
Sur vinyle, cette production prend une dimension supplémentaire. Le mastering réalisé par Bob Ludwig chez Gateway Mastering (Portland, Maine) pour l’édition XL est souvent cité comme l’un de ses travaux les plus soignés sur un disque rock de cette période. La scène sonore est large, les graves contrôlés sans être compressés, les aigus de Yorke jamais agressifs. C’est un pressage qui récompense une bonne chaîne hi-fi.
Cinq morceaux qui résument ce que In Rainbows a apporté à la discographie de Radiohead
« Bodysnatchers » ouvre la face A avec une urgence qu’on n’attendait plus. Le riff de guitare est presque primitif, la batterie de Phil Selway tape sec. C’est Radiohead qui rappelle qu’il sait encore jouer fort.
« Nude » traîne derrière elle une longue histoire : le groupe la jouait en concert dès 1998 sous le nom « Big Ideas (Don’t Get Any) ». La version finale, avec ses cordes arrangées par Jonny Greenwood, est d’une délicatesse rare. Sur vinyle, le silence entre les notes est presque physique.
« Weird Fishes/Arpeggi » est peut-être le sommet du disque. Deux guitares en arpèges entrelacés, une montée progressive, une dissolution finale. En concert, le morceau dure parfois dix minutes. Sur le disque, il en dure cinq et demie — et c’est exactement assez.
« Reckoner » clôt la face B avec une grâce presque soul. La voix de Yorke y est traitée avec des harmonies qui évoquent parfois les Beach Boys — ce n’est pas un hasard, Godrich est un admirateur déclaré de Van Dyke Parks.
« Videotape », en fin de disque, est le morceau le plus dépouillé. Piano, voix, quelques percussions électroniques discrètes. Une chanson sur la mort, ou sur la mémoire, ou sur les deux. Elle laisse le silence s’installer après la dernière note — et sur vinyle, ce silence a une texture.
Les pressages In Rainbows que les collectionneurs cherchent encore
La « discbox » originale de décembre 2007 reste la pièce la plus recherchée. Limitée, numérotée, elle comprenait deux vinyles 45 tours, un CD, un second CD de titres bonus, un livret de 32 pages et des tirages photographiques. En bon état, elle s’échange aujourd’hui entre 150 et 300 euros selon les plateformes. Les exemplaires avec le livret intact et les vinyles non joués atteignent parfois davantage.
Le pressage XL Recordings de 2008 (référence XLLP324) est le pressage standard le plus estimé. Fabriqué au Royaume-Uni, il se distingue par son étiquette blanche avec logo XL en rouge, et par la qualité de son vinyle 180g. Le pressage américain TBD Records (distribué par ATO) est légèrement plus courant sur le marché nord-américain, avec une sonorité jugée un peu plus brillante dans les médiums — une question de goût.
Il existe également un pressage japonais (BMG Japan, 2008) avec obi-strip, très propre, très demandé par les collectionneurs qui apprécient la qualité de fabrication des pressages nippons de cette période. Comptez 60 à 90 euros pour un exemplaire en excellent état.
Les rééditions ultérieures — notamment celles de XL en 2016 pour les dix ans de l’album — sont de bonne facture mais moins cotées. Elles restent un excellent point d’entrée pour qui veut le disque sans payer le prix d’un original.
In Rainbows en 2025 : un disque qui n’a pas vieilli d’une mesure
Dix-huit ans après sa sortie, In Rainbows occupe une place singulière dans la discographie de Radiohead et dans l’histoire du rock des années 2000. Ce n’est pas leur disque le plus audacieux — Kid A garde ce titre. Ce n’est pas leur plus populaire au sens commercial — OK Computer reste la référence grand public.
Mais c’est peut-être leur disque le plus accompli, celui où l’ambition formelle et l’émotion immédiate se rejoignent sans compromis. Et c’est certainement celui qui sonne le mieux sur vinyle, grâce au travail de Godrich et Ludwig, grâce à des arrangements qui respirent, grâce à une production qui ne cherche pas à remplir l’espace mais à le sculpter.
Pour un collectionneur de rock moderne, posséder un beau pressage d’In Rainbows n’est pas une question de nostalgie. C’est une question d’exigence sonore. Le disque mérite une platine digne de lui — et réciproquement.
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