Aller au contenu
· le blog
Retour au blog

Johnny Cash — This Is Johnny Cash : quand le Man in Black se

lemarchand.n
la rédaction

J’ai découvert cet album à 17 ans dans les bacs d’un vide-grenier lilois, en 1995. Pochette jaune pâle, Johnny de profil, l’air de quelqu’un qui vient de descendre du train. Sur le verso, une autre photo : celle d’un homme fatigué, les yeux creux. C’est ça qui m’a accroché. Pas les chansons, d’abord. C’est la confession qu’on sentait à travers le papier. This Is Johnny Cash, sorti en 1963 sur le label Columbia, n’est pas un album de tubes. C’est un examen de conscience avec guitare. C’est l’homme qui s’autorise enfin à parler de ses démons avant que les années 70 le rendent vraiment toxique.

1963 : Cash au carrefour

En 1963, Johnny Cash n’est plus le jeune loup du Sun Studio qui a enregistré « Folsom Prison Blues » en 1955. Il a 31 ans. Il a déjà vendu des millions de disques, il a un nom, une aura. Mais il porte aussi le poids d’un début de carrière chaotique : drogue (pillules d’amphétamines surtout), alcool, infidélités, deux mariages ratés. Columbia l’a repéré en 1958 et l’a propulsé vers un public plus large, plus country-pop. Mais l’homme craque. Il le sait, il le sent.

Le contexte musical : on est au cœur des années 60, les Beatles commencent leur conquête, la musique folk grimpe en puissance avec Dylan et Baez. Cash, lui, reste fidèle au country, au blues, à sa guitare acoustique. Mais il veut donner à Columbia quelque chose de plus introspectif, plus honnête. C’est la pression interne d’un mec qui regarde la vie qu’il a bousillée.

Une séance minimale, des arrangements justes

Ce qui frappe avec cet album, c’est sa simplicité volontaire. Pas d’orchestrations sucrées. Cash, sa guitare, des musiciens de studio classiques du label Columbia (dont le producteur Don Law, qui avait déjà travaillé avec Hank Williams). Les séances ont été courtes, efficaces. Cash arrive, chante, les prises sont bonnes du premier coup. Pas de fioriture, pas de filet de sécurité.

L’anecdote qui me fascine : Cash a choisi lui-même les morceaux, un mélange de compositions personnelles et de standards country-folk. Il voulait que chaque chanson résonne comme une conversation privée. Le producteur Don Law l’a laissé faire. Respect mutuel entre deux mecs qui connaissent le terrain.

Face A — les confessions du matin

« This Is Johnny Cash » – Titre éponyme qui tient ses promesses. Cash annonce la couleur : « Je suis un homme de contradictions. » La guitare acoustique claque net, la voix est grave, presque recueillie. C’est une déclaration d’intention, pas un manifeste.

« Willy and Billie » – Un hymne à Willy Nelson et Billie Holiday. Cash rend hommage à ses influences, à ces artistes qui ont survécu à leurs démons mieux que lui. La guitare est légère, presque mélancolique. C’est un clin d’œil discret à ceux qui comprennent.

« The Best of the Johnnie & Jack Recordings » – Cash regarde son propre passé, celui du duo Johnnie & Jack où il a fait ses armes. Nostalgie légitime, pas sirupeuse. L’arrangement laisse respirer la mélodie.

« Seasons of My Life » – Ici, Cash devient philosophe. Les quatre saisons symbolisent les étapes d’une vie : la jeunesse insouciante, la maturité amère, la vieillesse perdue. À 31 ans, il se sent déjà vieux. La chanson le prouve.

Face B — les regrets du soir

« Goodbye Little Darling » – Une séparation, un adieu. La voix de Cash craque un peu ici. C’est viscéral, pas théâtral. On sent le gars qui a vraiment perdu quelqu’un et qui ne sait pas si c’est sa faute ou celle de la route.

« Still in Town » – Cash explique pourquoi il reste, malgré tout. Pourquoi il ne fuit pas comme il devrait. C’est une introspection lente, une guitar riff qui monte et retombe, monte et retombe. Hypnotique.

« I’d Still Want You » – L’amour inconditionnel, même à moitié pourri. La naïveté persiste malgré les cicatrices. Cash le savait : il reviendrait toujours. Il l’a fait, d’ailleurs. Trois fois marié en 1963 (ou presque).

« You Tell Me » – Le dernier morceau, fermeture de bilan. Cash cède la parole à celui qui l’écoute : « Tu as l’expérience, tu as vu les erreurs, dis-moi comment faire. » C’est une capitulation honnête, pas une demande de pitié.

L’album qui a attendu sa rédemption

À sa sortie en 1963, This Is Johnny Cash n’a pas fait sensation. Les critiques l’ont trouvé trop sombre, trop introspectif pour une époque qui cherchait du divertissement. Columbia l’a laissé dormir. Mais dans les années 70 et 80, quand Cash a enfin touché le fond et qu’il a dû se reconstruire, cet album a resurgi. Les auditeurs ont découvert un Cash honnête, vulnérable, bien avant le Cash mythique de At Folsom Prison (1968) ou du renouveau des années 90 avec Rick Rubin.

L’héritage ? Discret, mais profond. Cet album a posé les bases de ce que le country introspectif deviendrait : Waylon Jennings, Willie Nelson, plus tard le alt-country des années 90. Cash a montré qu’on pouvait parler de merde sans crier, sans faire de la musique de crise. Juste de l’honnêteté brute.

Où le trouver en vinyle et à quel prix

Parlons clair : cet album n’a pas le prestige de Folsom Prison ou San Quentin. Donc les prix sont raisonnables.

Rééditions modernes (neuf) – Columbia a réédité l’album plusieurs fois, notamment en coffrets. Les rééditions 180 g traînent entre 15 et 25 €. Elles sonnent bien, mieux que les pressages des années 70. Si tu cherches du neuf, c’est là que tu trouves le meilleur rapport.

Originaux des années 60 – Les pressages Columbia de 1963 à 1970 se baladent entre 10 et 40 € selon l’état. Les early 60s (1963-1965) sont plus rares, donc plus chères. État de la pochette ? Souvent fripée, parfois annotée au stylo. C’est du Cash, pas du Vinyl Me Please.

Pressages des années 70-80 – Abondants, entre 5 et 15 €. Sonorité moins chaude que les early 60s, mais acceptable. La plupart ont le sticker de prix de la FNAC à l’époque, c’est charmant.

Où acheter

Neuf : Johnny Cash – This Is Johnny Cash vinyle sur la Fnac – Les rééditions y sont en stock régulièrement.

Occasion : Johnny Cash – This Is Johnny Cash sur CDandLP – C’est là que tu trouves les originaux et les pressages des années 70 à prix juste.

Pourquoi cette galette mérite ta place

Si tu cherches un Cash au-delà du mythe, c’est celui-ci. Pas de violons, pas de prison, pas de renouveau tardif. Juste un mec en train de se demander s’il vaut quelque chose. C’est de la country honnête, sans paillettes. C’est aussi l’album parfait pour les nuits seul chez soi, quand tu fais le bilan de tes conneries et que tu te demandes si ça vaut la peine de continuer. Johnny, il s’est posé la question. Il a écrit cet album là-dessus.

Pour les collectionneurs qui veulent autre chose que Folsom Prison (tout le monde l’a, d’ailleurs). Pour ceux qui aiment le country roots sans compromis. Pour les mecs qui jouent de la basse et qui veulent comprendre comment Johnny a changé la musique. Pour toi, si tu as déjà eu envie de jeter l’éponge.

· fin ·

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *