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Moondog, le Viking aveugle qui inventait le rythme bien avan

Thomas Wagner
la rédaction

Première fois qu’un client m’a posé le Moondog Snaketime Series vinyle sur le comptoir, à Lille, c’était un type en bottes de cuir, fan de doom. Je lui ai dit : « Tu sais que c’est pas du rock ? » Réponse : « Non, mais c’est plus heavy que tout ton rayon. » Il avait raison, et voilà pourquoi ce disque échappe à toutes les cases — y compris celle de la « musique électronique » qu’on lui colle un peu vite.

Présentation : qui était vraiment Moondog

Louis Thomas Hardin, alias Moondog, c’est le genre de personnage qu’on n’invente pas. Aveugle depuis l’âge de 16 ans après avoir manipulé un détonateur de dynamite trouvé dans une ferme, en 1932, il a passé une bonne partie de sa vie habillé en Viking, posté à l’angle de la 6e Avenue à New York. On l’appelait « le Viking de la 6e Avenue ». Les passants le prenaient pour un clochard. C’était un compositeur autodidacte d’une rigueur de moine, croisé dans le bouillonnement new-yorkais par des gens comme Charlie Parker, qui le respectait.

Les Snaketime Series regroupent des enregistrements parus chez Prestige Records au milieu des années 1950 — l’EP Moondog (1956) puis l’album More Moondog et The Story of Moondog. Le terme « snaketime » désigne sa propre conception du rythme : sinueuse, qui ondule au lieu de marcher au pas. Personne ne faisait ça à l’époque.

Ranger ce travail dans la case « musique expérimentale électronique » est presque un abus de langage. Il y a du minimalisme avant Steve Reich, du field recording avant la mode, et une approche rythmique qui a fasciné Philip Glass. La discographie de ce compositeur visionnaire reste un labyrinthe pour collectionneurs patients. L’album dont on parle ici est souvent référencé Moondog (2) dans les bases de données, pour le distinguer des autres parutions sous le même nom.

Moondog Snaketime Series vinyle : caractéristiques techniques

Attention, terrain glissant. Les Snaketime Series ont d’abord circulé chez Prestige sous forme de 78 tours et de 10 pouces, avant de réapparaître au fil des décennies sous diverses formes. Moondog captait ses percussions et ses voix en superposition, parfois en multipistes rudimentaires, en mêlant le tout aux sons de rue qu’il enregistrait lui-même. Voici les repères concrets à vérifier :

  • Label d’origine : Prestige Records (séries Snaketime, milieu des années 1950)
  • Format : mono d’origine — pas de fausse stéréo, les sessions datent d’avant l’ère stéréo grand public
  • Réédition recommandée : la compilation Honest Jon’s Snaketime Series et les rééditions Prestige/OJC restent les plus fiables ; pour du vinyle propre, vise les pressages européens des années 2010 en 33 tours
  • Matrice : vérifie le dead wax — les anciens pressages Prestige portent des matrices gravées à la main, à recouper sur Discogs
  • Grammage : variable ; les rééditions récentes affichent souvent du 180 g

Mon conseil de vieux disquaire : un disque mono enregistré dans la rue ne gagne rien à une réédition « audiophile » survendue. Le grain fait partie de l’œuvre. Méfie-toi des pressages trop lisses qui gomment l’ambiance urbaine.

L’écoute, ou comment New York respire dans tes enceintes

Ce qui saute aux oreilles, c’est la spatialisation naturelle. Klaxons, pas, brouhaha : ce n’est pas du décor, c’est l’instrument principal. Par-dessus, Moondog pose des percussions sèches, des canons vocaux, des comptines déglinguées.

Certains passages sont d’une beauté désarmante. D’autres sont franchement arides, et il faut l’accepter. Ce n’est pas un disque qu’on met en fond pendant l’apéro. Ça demande qu’on s’assoie et qu’on écoute, vraiment. Même en mono, la profondeur du champ sonore est saisissante.

La limite ? La dynamique est forcément contrainte par les conditions d’enregistrement de l’époque. Si tu cherches un son qui claque, passe ton chemin. Ici, c’est l’intention qui prime sur la hi-fi.

À qui je conseille le Snaketime Series LP

Pas au débutant qui veut remplir son bac avec des classiques. Ce LP s’adresse au curieux qui a déjà fait le tour du rock, du jazz, du krautrock, et qui cherche les racines. Si tu kiffes le minimalisme, Tortoise, ou que tu veux comprendre d’où vient une partie de la musique répétitive moderne, tu es au bon endroit.

Les collectionneurs sérieux apprécieront aussi la chasse : dénicher une bonne édition du Moondog Snaketime Series vinyle demande de la rigueur et un œil sur les matrices. C’est un disque qu’on mérite, pas qu’on consomme.

Prix et disponibilité

Comme toujours, je te donne les pistes — à toi de comparer l’état et le pressage avant de trancher :

Pour ce genre de titre, l’occasion réserve parfois de belles surprises — mais aussi des arnaques sur l’état. Lis bien les descriptions de grading.

Notre note

⭐⭐⭐⭐ sur 5

4/5 car la qualité sonore reste prisonnière de son époque — mais c’est une limite de la capture, pas de la composition. Un disque hors du temps, signé par un type qui composait dans le noir total au milieu du vacarme de Manhattan. Ce n’est pas confortable, ce n’est pas grand public, et c’est tant mieux. Moondog n’a jamais cherché à plaire. Il cherchait à entendre.

Pose l’aiguille et juge par toi-même : compare les pressages neufs sur la Fnac et fouille les bacs d’occasion sur CDandLP.

· fin ·

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