J’ai découvert cet album en 2005, deux ans après sa sortie, en l’empruntant à un copain qui bossait en studio. À l’époque, je cherchais de la guitare crue, du blues électrique sans fioriture — et là, sur Thickfreakness des Black Keys en vinyle, j’ai trouvé exactement ça. Dan Auerbach et Patrick Carney avaient l’air de deux gars enragés dans un garage avec une batterie qui sonne comme du tonnerre. Première impression à la prise de tourne-disque : ce disque est brutal et minimaliste, une gifle sonore qui change du polissage habituel du rock moderne.
Premier contact : la pochette et le pressage
La pochette de Thickfreakness sur vinyle, c’est un carton simple, couleur crème, avec le titre en noir. Pas de grandes prétentions visuelles — juste une photo dépouillée du groupe, ambiance cave de Detroit. Le pressage Fat Possum Records tient bon après des années de passage à l’aiguille. Pas de pops ou de crépitements gênants sur ma copie occasion. La gravure est nette, le vinyle noir brillant sans défauts apparents. Le livret est minimaliste, pochette simple : on est loin de ces éditions deluxe qui gonflent l’étiquette. C’est honnête, direct.
La galette tourne
Thickfreakness débute par « Everywhere I Go », et c’est d’emblée clair : pas de intro, pas de présentation. La batterie tape sec, la guitare basse hurle en distorsion. Auerbach joue sur trois cordes à la fois, l’effet est hypnotique. La voix est râpeuse, impatiente. Un titre court, 2 min 30, qui dit tout ce qu’il a à dire.
« Have Love, Will Travel » suit, plus mélancolique, presque blues classique — mais dopé à l’overdrive. C’est ici que le vinyle montre ses muscles : le sustain de la guitare se propage à travers les murs, la batterie résonne comme dans une vraie pièce.
« Set Your Mind Free » et « Grown So Ugly » continuent dans la même veine : minimaliste, répétitif à dessein, hypnotique. On pense à des influences — Howlin’ Wolf, Muddy Waters — mais filtrées par deux mecs qui découvrent le garage rock. Les titres sont courts, incisifs, aucune molle.
« Thick Freakness » (titre éponyme) est le pic de l’album. Trois minutes et demie d’une riffolution basique qui vire à l’obsession. La batterie devient quasi tribale. C’est le cœur battant du disque, l’endroit où l’album justifie son existence et son titre en même temps.
Le son vinyle vs numérique
En streaming, Thickfreakness sonne propre, trop propre. L’album y perd son caractère brut, abrasif. Sur le vinyle, le « grip » tactile de la distorsion revient. Les médiums épais, peu compressés, prennent tout leur poids. La dynamique entre les crescendos et les passages vides (rares mais percutants) fonctionne mieux en analogique. Ce n’est pas un album où le format fait des miracles, mais il en change la substance. Le bruit de fond léger du pressage ajoute même une couche d’intimité — on écoute deux types jouer dans un garage, pas une production ultracomprimée.
Qui devrait tourner ce disque ?
Pour les fans de blues électrique brut qui trouvent que la plupart des productions modernes sont trop maquillées. Pour ceux qui aiment les débuts des groupes, avant la maturité et le succès. Pour les collectionneurs garage rock qui respectent l’économie des arrangements. Pas recommandé pour les esthètes du son pristine ou ceux qui demandent de la virtuosité.
L’essentiel
- Note globale : ⭐⭐⭐⭐ / 5
- Meilleur titre : « Thick Freakness »
- À écouter avec : Un bon ampli phono, du thé noir chaud, et du temps devant toi
- Durée totale : 36 minutes (juste ce qu’il faut)
Où vous le procurer
Neuf : Encore disponible chez la Fnac. Ça ne coûte pas un bras.
Occasion : C’est sur CDandLP que vous trouverez les meilleures affaires. Vérifiez l’état du pressage avant d’acheter — mais en général, ce disque voyage bien.



