C’est en avril 1980 que Robert Smith et ses acolytes posaient Three Imaginary Boys sur la platine des collectionneurs. Depuis, The Cure n’a cessé de creuser son sillon singulier — tantôt post-punk glacial, tantôt pop sombre, toujours avec cette mélancolie britannique qui colle à la peau comme du velours humide. La discographie de The Cure en vinyle représente bien plus qu’une simple accumulation de disques : c’est le journal intime d’un groupe qui a refusé la facilité, le conformisme, et même la cohérence stylistique. Quarante-trois ans plus tard, ses quatorze albums studios, ses sept live et ses compilations constituent un véritable labyrinthe à explorer pour le collectionneur curieux.
Trois décennies et demie de mutations contrôlées
Le Cure a émergé du punk britannique de la fin des années 70, mais avec une différence majeure : là où les Sex Pistols criaient, Smith murmurait. Ses premières années (1980-1984) voient le groupe osciller entre l’austérité du post-punk et une certaine noirceur goth qui s’affirme progressivement. Pornography (1982) demeure l’album le plus abyssal de sa carrière, un disque où chaque note respire l’angoisse.
Puis vient l’époque où The Cure décide d’élargir son public sans renier son essence. The Head on the Door (1985) et surtout Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me (1987) marquent le moment où la mélancolie devient dansante. C’est aussi l’époque où les pressages vinyles atteignent une qualité de restitution remarquable — les labels britanniques Elektra et Fiction Records comprenaient qu’on ne badine pas avec la gravure.
Les années 90 et 2000 voient The Cure adapter sa formule à chaque décennie, du glam noir des années Goth au rock alternatif des nineties, sans jamais perdre cette signature émotionnelle qui fait reconnaître Smith les yeux fermés.
Un catalogue qui se compte en albums, pas en « hits »
Avec 14 albums studios officieux et une discographie touffue, The Cure n’a pas vraiment de « pire album » — plutôt des périodes. Les puristes défendent farouchement les trois premiers disques ; les collectionneurs éclectiques place Disintegration (1989) au sommet de leur pyramide. Les vinyles originaux de cette époque-là ? Les pressages UK et US diffèrent sensiblement. Les éditions britanniques sur Fiction Records offrent une dynamique que les rééditions CD ultérieures n’ont jamais restituée.
The Walk, Primary, Close to Me, Let’s Go to Bed — autant de singles qui sonnent aujourd’hui comme des monuments d’économie mélodique. Aucun surpoids synthétique, aucun effet tape-à-l’œil. Juste la précision d’une mécanique sombre qu’on ne se lasserait jamais de revisiter.
Pourquoi cette discographie a influencé bien au-delà du goth
Dire que The Cure a « influencé » la musique sombre est réducteur. Smith a ouvert une fenêtre : d’un côté, l’introspection britannique élégante ; de l’autre, une accessibilité pop que les labels attendaient sans oser l’exiger. Radiohead, Interpol, The National — tous puisent dans cette veine où le désenchantement devient vertu musicale.
Sur les compilations et les rééditions, on retrouve les morceaux qui ont traversé les générations : Boys Don’t Cry (reprise de l’original post-punk), Lovesong (leur seul numéro 1 US), Just Like Heaven (devenu hymne mélancolique). Ces titres ont résisté au temps parce qu’ils refusent la facilité émotionnelle — on ne sort jamais des chansons du Cure en se sentant mieux, on sort en se sentant *compris*.
Où acquérir cette discographie en vinyle aujourd’hui
Pour le néophyte, commencer par Disintegration ou Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me en pressage original UK reste le meilleur choix. Les éditions Elektra US (1987-1989) offrent une gravure légèrement différente, souvent plus chaude. Pour une discographie complète en neuf :
- Neuf : La Fnac propose une sélection régulière des rééditions estampillées Cure — rééditions colorées, deluxe box sets, tout le catalogue réédité depuis 2010.
- Occasion : CDandLP dispose d’une réserve impressionnante d’originaux UK et US des années 1980-1990 — pour qui cherche le deep groove flat-edge de Disintegration ou l’édition Picture Disc de Pornography.
Les pressages originaux (1982-1992) sur Fiction Records et Elektra se négocient entre 20 et 80 euros en très bon état. Les rééditions récentes (2015+) tournent autour de 25-35 euros, souvent avec un son impeccable mais sans la patine des originaux.
Une discographie qui ne se vieillit pas
The Cure a compris quelque chose que bien d’autres ignorent : la beauté ne s’éteint pas en vieillissant, elle se creuse. Ses quarante-trois ans de discographie — 14 albums studios, 7 live, 2 remix, 6 compilations — forment une cartographie complète du désenchantement élégant qui définit la modernité rock. En vinyle, c’est encore plus saisissant : la matière noire du sillon, le poids du disque en main, et puis cette voix qui revient du cimetière à chaque rotation.


